Aujourd’hui, nous mettons en ligne un site sur la mobilisation alors que des milliers de personnes se questionnent sur les valeurs sociales qu’elles souhaitent pour le Québec. D’une grève étudiante, nous entendons de plus en plus parler d’une grève sociale. Plusieurs opinions circulent à ce sujet évidemment, à mon grand bonheur.
Des gens mobilisés s’expriment à tous les jours parce qu’ils veulent du changement. Chacun d’entre eux, et aussi collectivement, exerce son pouvoir citoyen pour un changement à la mesure de ses aspirations. Ces gens sont passés d’un JE à un NOUS et se sont alliés dans une action collective pour tenter de faire bouger les choses et permettre aux générations futures de vivre dans un monde meilleur. Il ne s’agit plus d’événements ponctuels à ce moment-ci. Si l’ensemble de la population ne sort pas dans les rues, il n’en demeure pas moins qu’elle est maintenant impliquée dans un partage de valeurs et d’aspirations. Même ceux et celles qui ne partagent pas l’opinion des étudiants et étudiantes sont mobilisés : à débattre, à s’expliquer, à s’exprimer, à avancer. Que l’on soit pour ou contre, le débat est maintenant sur la place publique. Enfin.
Si le déclencheur de cette crise est assurément la hausse des frais de scolarité, il est clair à partir de maintenant que les enjeux sont autrement tournés vers des valeurs sociales plus grandes : l’équité, la justice, la liberté. Ces valeurs fondamentales sont les bases du changement social qui poussent vers une mobilisation de plus en plus grande.
Si notre locomotive collective s’était un peu encroûtée ces dernières années, elle est maintenant lancée à fond de train. La jeunesse dans le wagon de tête avec des moyens de communication puissants et démocratiques. Cette jeunesse, qu’on croyait endormie, nous emporte avec un aplomb incroyable, une intelligence et une créativité dont on avait bien besoin.
Ceci étant dit, le danger de déraillement est grand quand les dirigeants ne montent pas à bord aussi. Si la force endogène est grande, la résistance est forte. Serait-ce parce que le gouvernement ne comprend pas les fondements du changement souhaité, sa pertinence ? De toute évidence, notre gouvernement n’est pas motivé à porter un changement social d’envergure. Parce que le réel changement souhaité, au-delà des frais de scolarité, en est un fondamental, un changement de perception et de façon de faire, dans lequel la logique marchande n’est plus LA logique de développement. Qu’aurait le gouvernement actuel à y gagner? Parfois poser la question, c’est aussi y répondre.
La médiation, pourtant, a fait ses preuves. L’importance d’inclure un élément neutre, un médiateur, à la conversation est primordial. Ensuite, il faut construire une vision commune de société qui, faute d’un consensus fort probablement impossible, permettrait de s’entendre sur des terrains communs, porteurs de la majorité réelle. S’entendre sur le changement collectif, c’est le premier pas vers le développement; le faire dans un esprit de mobilisation qui plus est. Chacune des étapes doit se dérouler dans la transparence et permettre l’expression des idées et l’échange constructif.
Plusieurs expériences de développement collectif existent au Québec (voir La « nébuleuse » des acteurs du développement des communautés au Québec ) et ailleurs dans le monde. De l’innovation, de la créativité et du changement à leur meilleur, avec des idées originales qui font appel au sens démocratique, notamment dans des projets sociaux, mais aussi économiques, environnementux et culturels. Du développement durable qui parle à une grande partie de la population. Des initiatives de tous les horizons où la citoyenneté en est le cœur. Il semble que le Québec ait la volonté et le « guts » qu’il faut pour y arriver. Mais pour ça, il faut se servir du mouvement actuel qui nous pousse tous et toutes vers l’avant. Il faut que de ce moment, d’une crise, émerge un commencement.


